
Il y a des récits parfois qu'on écrit avec les mains...
D'autres avec le cœur.
Et, comme celui ci, avec des larmes, les miennes,
car il s'agit de moi...
de ma vie...
LETTRE À MON PÈRE
Te souviens-tu papa de moi quand j'étais enfant...
Te souviens-tu papa de mon petit cœur d'enfant qui était si fragile...
Te souviens-tu papa de celui de mes frères et sœurs...
Te souviens-tu papa de ce qu'a été notre enfance...
Te souviens-tu papa des pleurs et des cris qui résonnaient dans la maison...
Te souviens-tu papa des pleurs de notre mère, la pauvre, dont les cris et les larmes nous transperçaient le cœur quand tu la battais...
Te souviens-tu papa de tes enfants qui te suppliaient de cesser à coup de cœur meurtri et déchiré... à grand flot de larmes et d'incrédulité...
Te souviens-tu papa des trottoirs gelés sur lesquelles je m'enfuyais pieds nus pour aller
chercher les policiers afin qu'ils te calment...
Te souviens-tu de l'immense boule que j'avais dans l'estomac quand ils repartaient et que tu t'en prenais à un gamin de moins de cinq ans... à mes frères, des bébés et à mes sœurs effrayées...
Te souviens-tu papa des soirs d'hiver ou nous devions se terrer sous les lits et dans les placards le temps que tu cuve ta bière et ta violence...
Te souviens-tu papa des coups de pieds et des coups de poing que tu donnais à notre mère qui, que Dieu la garde, devait te servir toi le roi des pères et les six enfants qu'elle chérissait...
Te souviens-tu papa d'avoir si souvent bu pour être ce que tu étais...
Te souviens-tu papa de la fois ou les médecins t'ont enfermé pour une dépression, supposément... et que moi, ma sœur aînée et ma sœur cadette avions été placés à Louiseville sur une ferme...
Te souviens-tu papa des mauvais traitements que nous avons reçus à cet endroit... te souviens-tu du fouet que je recevais souvent sans raison et de mes sœurs qui pleuraient...
Te souviens-tu papa de la déchirure que ça causé à notre pauvre mère quand des travailleurs sociaux lui ont enlevés ses trois plus jeunes... ses amours de petits anges dont le cœur avaient été broyé à jamais par la violence que tu avais et l'alcool que tu buvais...
Te souviens-tu papa que ta propre mère, notre grand-mère, était venue nous chercher pour nous ramener à Montréal.
Te souviens-tu papa de ta supposée guérison quand tu étais
revenu toi aussi avec maman... à la maison... te souviens-tu que tu n'étais pas guéris... te souviens-tu que tout avait recommencé sans que rien n'ait changé...
Te souviens-tu papa que des enfants qui voient leur mère pleurer et battue ont à jamais des blessures sur le cœur qui ne cicatriseront qu'a leurs décès.
Te souviens-tu papa de mon adolescence, quand j'avais seize ans et que j'ai mis six balles dans ma carabine et que je l'ai placé dans un coin de ma chambre parce que je voulais en finir avec toi cette soirée là...
Oui papa, moi je me souviens m'être rendu si brimé dans ma vie et avoir eu un si grand désespoir qui me suivait depuis ma naissance que ce soir là j'ai voulu en finir avec toi et que je voulais te tuer... Un fils qui tue sont père... quel gâchis de la vie... quelle bêtise.
Savais-tu papa que ce soir là quand j'ai eu seize ans et quand tu as voulu t'en prendre à maman encore une fois et que je t'ai dis de prendre la porte en donnant un violent coup de poing sur la table que si tu ne sortais pas je t'aurais probablement abattu de six balles...
Savais-tu papa que Dieu existe parce que si je ne l'ai pas fais, il n'y a que lui qui pouvait m'en empêcher.
Savais-tu papa qu'après ton départ de la maison maman est devenue un être humain et non une bête...
Savais-tu papa a quel point tu as pu nous détruire maman et nous laisser des marques qui me brûle encore aujourd'hui... mes frères et sœurs sûrement aussi...
Savais-tu papa que quand maman est morte il y as une dizaine d'années que j'ai pleuré parce que je la perdais mais aussi que j'ai versé des larmes de joie parce que, sans nul doute, elle,
enfin,
était libérée de cette vie misérable qu'elle a connue...
Ce que tu ne sais
pas papa c'est qu'en février quand j'ai été te voir à l'hôpital et qu'un grave cancer te grugeait que j'ai eu de la pitié pour toi et de la compassion...
Ce que tu ne sais
pas papa c'est que ce soir là je t'ai tout pardonné
car je n'ai pas le pouvoir de te condamner... je n'ai que la force d'aimer... celle que Dieu veut bien me donner...
Savais-tu papa qu'a ta mort je n'ai pu verser de larme...
c'est que vois-tu papa... j'en ai peut-être trop versé quand j'étais
petit..................
Sans rancune Papa.......je t'aime maman.......
André Julien, octobre 2001
