L'envers du décor

Hier, j'ai vu le monde.
Je venais d'émerger de mon lit, zonant dans la salle de bain, comatant entre la douche et le lavabo. Je m'étais déjà douché, coiffé, et je finissais de me raser en chantonnant. J'ai attrapé la serviette pour essuyer les dernières bulles de mousse encore accrochées à mon visage, puis j'ai souris au miroir, fier du résultat que j'avais obtenu.
C'est alors qu'il y eut..., comment dire ?
Un flottement.
J'ai hésité, croyant être victime des brumes matinales de mon sommeil. Cela arrive souvent, au saut du lit, de poursuivre un rêve. Pourtant, ici, c'était différent.
Puis il y en eut un autre.
Comme un caillou jeté dans une mare, une vague circulaire parcourut la glace, déformant le miroir en même temps que ses reflets. Quand elle fut passée, tel un raz-de-marée, elle avait tout balayé. Un vrai cataclysme.
Et j'ai vu le monde.
Dans le miroir encore vibrant, la salle de bain n'était plus qu'un amas de pierres mousseuses et de ferrailles rouillées, suintantes de vase, dégoulinant d'un liquide irisé et visqueux. J'ai vu, me faisant face, un nain atroce et hirsute. Il était debout sur un tabouret en bois pourri, ses chicots jaunis découverts en un sourire vicieux. Le vice de ce sourire n'avait d'égal que la grandeur de son pif gonflé et criblé de trous d'acné. On aurait dit une vieille pomme de terre desséchée. Ses yeux porcins striés de veines rougeâtres brillaient comme ceux d'un fou. Enfin, deux énormes oreilles poilues et trouées desquelles pendouillaient des anneaux de métal l'encadraient comme un tableau. Il me regardait d'un air méchant.
Lorsque mon sourire s'effaça, le sien s'afficha.
Clignant des yeux, m'accrochant encore à l'illusion d'un cauchemar, je tournais le dos au miroir. Le nain me héla :
- Alors, pauvre pomme ! On ne dit plus "bonjour" ?
Il avait une voix nasillarde et aiguë qui me faisait grincer des dents. Je fis volte-face, fusillant le nain du regard.
- Qui es-tu ? demandais-je, me sentant soudain tout bête de discuter avec la glace. Et que fais-tu dans mon miroir ?
Le sourire du nain s'élargit encore.
- Tu ne te reconnais pas ? demanda-t-il, feignant l'incrédulité. Il avança soudain une petite main large avec des doigts noueux qui passa à travers le miroir et m'attrapa le bras. Viens ! cria-t-il. Je vais te montrer des choses.
D'un coup sec, avec une force que je ne lui soupçonnais pas, il me tira à lui. Il y eut bruit de succion énorme ressemblant à celui d'un gros baiser baveux, lorsque je passais de l'autre côté.
Le tabouret, moisi au cœur, céda sous mon poids. Je me retrouvais ainsi, face contre boue, dans une immense grotte froide et humide. Mes petits doigts épais poussèrent sur le sol et aidèrent mes bras courts et broussailleux à me relever. Vexé, je jurais après le grand échalas ébahi qui se trouvait derrière le miroir. Il m'observait comme une poule devant un œuf.
- Qu'est-ce que tu attends ? dit-il. Les mouvements de ses lèvres ne correspondaient pas à ses paroles. Va dehors ! Visites ! Tu ne verras ça qu'une seule fois dans ta vie.
Intrigué, je jetais un dernier coup d'œil sur le capharnaüm incomparable qui emplissait la grotte. On aurait dit qu'un bombardement avait eu lieu, ciblé uniquement sur cet endroit. Des pierres et du métal partout, amoncelé dans le plus grand désordre qu'il m'avait été donné de voir. Même une décharge aurait été plus propre. Les algues violettes trempant dans l'essence ainsi qu'une odeur flottante de décomposition avancée me donnaient la nausée. A la limite du malaise, je pris mes jambes à mon cou et sortis de la grotte.
Et dehors, j'ai vu.
Ou plutôt, j'ai senti.
Le vide. Je plongeais dans le ciel, battant des ailes que je n'avais pas.
S'il n'y avait eu cette barque flottant dans les airs, accrochée par une corde à un poteau de bois peint de rayures obliques rouges et blanches, j'aurai pu tomber indéfiniment. Car sous mes pieds, il n'y avait rien. Rien que le bleu du ciel.
Je m'agrippais comme je pouvais à la barque, crispant mes mains sur le rebord pour m'y hisser. Ce que je fis avec une facilité déconcertante, connaissant mes capacités physiques. Sûrement que le mètre en moins y était pour quelque chose.
Je m'affalais ainsi dans la barque, couché sur le fond, les jambes posées sur le banc. Je fermais les yeux, reprenant ma respiration, canalisant la peur soudaine qui m'avait envahit, l'évacuant par mes pores avec la sueur.
Le calme revenait doucement, alors je rouvris les yeux.
Et j'ai vu.
J'ai vu l'océan. La houle qui oscillait, descendant vers moi puis remontant dans la masse. La crête des vagues coupée par le vent, créant un mouton échappé que suivaient ses frères, formant un troupeau inconscient fonçant dans l'immensité.
J'ai mis un certain temps avant de comprendre et de m'habituer. J'ai d'abord été pris d'un vertige, pensant tomber vers le haut, là où la mer s'agitait. Le mauvais réflexe qui a suivit fut freiné par le tangage engendré à la barque, m'empêchant de tomber une nouvelle fois, une dernière fois. Je me suis ensuite assis sur le banc et j'ai commencé à ramer, jetant de temps en temps un coup d'œil inquiet à l'océan, me demandant à quel moment cette épée de Damoclès allait se rappeler au bon souvenir des lois de la physique pour m'engloutir.
Le miroir de la salle de bain m'avait suivit, je ne sais par quel enchantement. Il flottait derrière moi, ne me lâchant pas d'un pouce. Par lui, je voyais le monde tel qu'il était… dans mon monde à moi.
Je me voyais, déambulant au bord de la route, comme hypnotisé, m'éloignant de ma maison qui, ici, était une grotte dans un bloc de terre et de pierre défiant le vide qui l'entourait de le happer. Les collines, les arbres, tout n'était que ciel, inconsistant et inexistant.
Tandis que je m'éloignais, ramant vers je ne sais où, un grand oiseau blanc perça le ciel et s'approcha de moi. Il volait lentement et semblait épuisé. Je me disais que rien ne devait être plus normal s'il n'y avait quasiment aucun endroit où se poser. Voler pour l'éternité devait être vraiment très, très fatigant.
Il devait bien faire plus de trois mètres d'envergure, et lorsqu'il se posa délicatement sur le bord de la barque, repliant ses grandes ailes blanches et pures sur lui-même, celles-ci l'enveloppèrent comme un écrin. Il se passa la tête sous chacune d'elles, frottant son bec d'un noir d'ébène, s'ébroua, puis me le présenta lustré et poli.
Comme je tendais une main pour le caresser, ses grands yeux noirs et profonds s'emplirent d'humidité. A son contact, une vague de bien-être m'envahit, parcourant mes muscles et ma peau en un frisson à peine perceptible. Je sentais à travers les soies de ses plumes la tristesse de l'oiseau venu chercher un peu de réconfort auprès de moi. Je versais une larme avec lui, seul présent que je pouvais offrir à ce monde en échange d'une telle beauté. L'oiseau pleura, se purgeant de ses peines et de ses souffrances endurées lors de son vol.
Par curiosité, je me retournais vers le miroir. Il n'y avait rien. Rien que moi, égaré, éternuant à qui voudrais bien l'entendre.
Ici, l'oiseau aux joues humides semblait me supplier du regard. J'avais la sensation dérangeante qu'il voulait que je lui pardonne. Mais qu'avais-je à lui pardonner ?
Le caressant une nouvelle fois, je me remis à ramer, avançant dans l'inconnu, l'oiseau me tenant compagnie.
Au bout d'un temps qui me sembla une éternité, j'aperçus un immense galion que le vent poussait vers moi. Le vieux bâtiment en bois massif, large et long comme dix terrains de football, se traînait lamentablement toutes voiles dehors, aidé de trois rangées d'un millier de rames chacune. De là où je me trouvais, je pouvais entendre le roulement des tambours prodigués par le garde-chiourme. Les claquements des fouets accompagnés des rugissements d'effort et des cris des esclaves tranchaient l'air comme des couperets. Sur le pont, tout paraissait calme.
Le miroir me transposait l'image de la ville, agitée de son train-train quotidien et matinal. Je m'en approchais.
J'accostais le navire, l'abordant comme l'aurait fait une souris avec un éléphant. Plantant mon ancre dans un nœud du bois de la coque, je me hissais à bord en grimpant par un des échelons qui pendait. Arrivant au niveau des rames, l'échelon disparaissait dans la coque par un sabord. Je l'empruntais, débouchant au milieu des esclaves.
Dans le ventre du bateau, des milliers de trolls ramaient en louchant sur moi. Le plus proche de moi me fila un coup de pied dans le tibia et m'insulta. Cela déclencha de la part de ses congénères un tonnerre d'injures et une pluie de crachats. Dans le même temps, le garde-chiourme me héla pour me demander si je voulais bien me casser, sinon il le ferait pour moi. Je m'éclipsais ventre à terre, blessé dans mon amour-propre, humilié et couvert de honte. Je voyais dans le miroir des gens me croiser dans la rue et me dire "Bonjour !" d'un ton jovial.
Tas de dégénérés ! pensais-je.
M'enfuyant par un escalier, je pénétrais dans un dédale de couloirs plus obscurs les uns que les autres. Il s'en échappait de temps à autres un miaulement obscène, des gémissements de douleur, un soupir de bête affamée, un souffle chaud. Je sentais, frôlant mon corps, des choses molles et visqueuses essayer de m'attraper les jambes, des lambeaux secs me caresser les bras, une main poilue me tâter le cou, le souffle chaud sur mon visage. Je frissonnais, tremblant de peur, assaillit par des pensées violentes où je me voyais me faire déchiqueter par une horreur de l'imagination humaine. Je courais. La bête aussi. Elle jouait. Avec moi et ma peur.
Le miroir me renvoyait l'image d'une place éclairée par le soleil. Le kiosque y jouait de la musique et les terrasses des cafés commençaient à se remplir. Nulle trace d'une quelconque abomination. L'obscurité se fit jour. J'avais émergé sur le pont du bateau.
Me retournant pour scruter les ténèbres du labyrinthe, je vis deux yeux en croissants, rouges, palpitants. Ils paraissaient rire. Ils clignèrent par deux fois, puis s'éteignirent. Un ricanement roula jusqu'à moi, tonitruant. Il s'éloignait dans le noir, baissant
progressivement d'intensité, les échos se répercutant sur les murs. Il s'arrêta net.
Une main se posa sur mon épaule.
Je poussais un cri de surprise, effrayé, croyant que la bête m'avait retrouvé.
La belle était devant moi. Une beauté brune aux yeux beiges en amandes, grande, avec des formes superbes. La tenant par un poignet, un troll la tirait vers lui en l'insultant pour l'emmener avec lui. Elle s'accrochait désespérément à mes vêtements.
- Aidez-moi ! supplia-t-elle. Aidez-moi !
Désemparé, je regardais le miroir pour comprendre ce qu'il se passait.
J'ai vu un carrelage et des murs blancs, des personnes habillées de blouses blanches, et des gens qui attendaient sur des sièges. Devant moi, un homme s'était levé et emmenait sa fille avec lui, vers le médecin qui attendait dans le couloir. La petite fille me regardait bizarrement, un sourire béat sur sa figure ronde.
Sur le bateau, la belle femme répéta les deux mots d'appel en s'éloignant.
Dans l'hôpital, la petite trisomique suivait son père.
La femme commença à pleurer, affolée. Elle se débattait, mais le troll avait une poigne de fer. - Je suis désolé, dis-je en secouant doucement la tête. Je ne peux pas.
Et tandis que la petite fille rejoignait le médecin avec son père, le troll souleva la femme et la fit basculer par-dessus bord. La femme cria, longtemps.
La petite fille me sourit une dernière fois puis se retourna.
Epouvanté par ce qu'il venait de se passer, je m'enfuyais à travers les ruelles du bateau, honteux et désemparé. Je savais que je n'aurais rien pu faire. Au fond de moi, les restes du personnage que j'incarnais de ce côté du miroir s'étaient délectés du spectacle. Ils en redemandaient, même.
J'errais sur le bateau, tentant de faire le vide en moi lorsque, au détour d'une ruelle je tombais sur un petit monument. Il s'agissait de la statue d'un troll. Sur le socle était inscrit un nom, avec une épitaphe. Le même nom était apposé sur la plaque de la petite place ou je me trouvais :

Je comprenais maintenant le sens de ses "Voyages". Lui-même les avait faits. Seulement, il n'avait pas tout dit. Certaines choses avaient été racontées, mais pas les pires. Il ne nous avait pas dit, par exemple, que Gulliver avait réellement existé.
Je m'asseyais pour encaisser le coup, effaré. Je saisissais à peine le pourquoi du comment, réalisant que tout ceci n'était vraiment pas un rêve ni un cauchemar.
Je voyais le monde.
Je le voyais tel qu'il était réellement. Un monde plein d'amertume et de rancœur, plein de monstres hideux et d'aberrations, plein de vide. Je me pris la tête entre les mains et priais la statue de me ramener dans mon subterfuge où les mensonges avaient forme humaine et les horreurs celle de la pitié.
Un sanglot parvint jusqu'à moi.
Comme je me relevais pour voir d'où il venait, j'aperçus un enfant recroquevillé sur lui-même. Il m'observait avec inquiétude.
Je m'approchais de lui doucement, accroupis. Il se recula violemment et buta sur un mur.
- Je ne vais pas te faire de mal, dis-je en tentant de le calmer.
L'enfant secoua la tête, la bouche ouvert, les yeux agrandis par l'anxiété.
- Ne t'inquiètes pas ! Je ne suis pas méchant.
L'enfant poursuivait son manège en accélérant la cadence.
- Je ne te veux aucun mal, répétais-je.
Un son finit par sortir de la bouche de l'enfant, un genre de cri impuissant plutôt porté sur la folie que sur la peur. Son mouvement de tête avait changé de sens et il se la cognait sur le mur, consciencieusement, méthodiquement.
Comprenant soudain, je me retournais vers le miroir pour en avoir le cœur net.
De l'autre côté, l'enfant criait de la même manière, se tapait la tête contre la barrière d'une cage d'escalier sur laquelle il était adossé dans sa posture de fœtus. Ses traits n'avaient pas changés.
Aucune trace de maladie grave ni de déformation du corps. Il était tel qu'il était, un reflet dans un miroir.
Je positionnais ma main entre le mur et la tête du petit autiste lorsqu'il me fixa et prononça quelques mots inaudibles. N'en ayant pas saisi le sens, j'approchais une oreille près de sa bouche pour qu'il répète :
- Ils disent tous la même chose que vous.
- Que…, fis-je, décontenancé. Mais non ! Ce n'est pas vrai ! Je le pense vraiment.
- Vous le croyez, mais vous faites le contraire.
Je pris l'enfant dans mes bras lui dis :
- Viens avec moi. On va s'enfuir tous les deux.
L'enfant secoua la tête.
Prenant la direction de la balustrade du bateau, je m'approchais du bord pour vérifier où était amarrée ma barque. Elle se trouvait à quelques centaines de mètres vers l'avant, loin en dessous.
Je jetais un coup d'œil dans le miroir pour voir où je me dirigeais. Je me rendis compte que je montais les escaliers alors que ce que je voulais, c'était sortir de l'immeuble.
Je longeais la balustrade du bateau, m'approchant petit à petit de la barque.
Dans le miroir, j'arrivais à un étage et allais sonner à une porte.
Plus la distance entre nous et la barque s'amenuisait, plus ma main appuyait sur la sonnette.
La porte s'ouvrit.
"Oh ! fit une femme. J'avais peur qu'il se soit perdu."
- Qu'est-ce que vu attendez ? grommela un troll venu à notre rencontre.
"Merci de me l'avoir ramené."
- Vous voulez que je le fasse à votre place ?"
"Si vous saviez le mal que je me donne pour m'occuper de lui !"
- Ce n'est pas compliqué : donnez-le-moi !
"Je ne supporterais pas qu'il se perde et que quelqu'un lui fasse du mal."
- Ce sera vite fait.
Et tandis que la femme me prenait l'enfant des bras, le troll me l'arracha.
La femme me remercia et emmena l'enfant dans la maison. Le troll prit son élan et fit voler le petit autiste par-dessus la balustrade.
Je disais au revoir à la femme. Je me jetais en avant pour retenir l'enfant, l'attrapant par un pied, me retenant comme je pouvais pour ne pas le suivre.
La femme referma la porte avec un sourire. Le troll ne fit ni une ni deux et nous poussa dans le vide.
Je voyais le ciel et l'océan tournoyer, je sentais le vent gonfler mes vêtements et me déformer la peau, j'entendais les cris de l'enfant couvrir les miens. Le bleu du ciel devint blanc et les nuages prirent forme, fonçant sur moi, m'engloutissant avidement, puis me recrachant plein de leur salive. En dessous, la terre était apparue, couverte d'arbres, de rivières, de routes et de maisons. Elle tremblait, se secouait dans tous les sens, perdant les feuilles de ses arbres, débordant ses rivières, éventrant ses routes et ses maisons. Je tombais sur l'apocalypse, tel l'ange exterminateur, venant rappeler les mortels à mon bon souvenir. Je reconnus ma maison, qui semblait vouloir tenir debout. Je la voyais grossir, grossir, enfler terriblement. Je passais à travers.
Lorsque ma tête heurta le miroir de la salle de bain, je sentis la douleur m'élancer dans les sinus. Le craquement de l'os se mêla à celui du verre brisé, et ma vision se tinta de rouge. Dans les morceaux de miroir qui tombèrent au sol, je vis brièvement le regard fou d'un nain atroce et le décor de fin du monde qui l'entourait. Je vis sa bouche s'ouvrir et rire à la manière d'un démon. Je fermais les yeux et me bouchais les oreilles.
Je sentis deux mains m'écarter tendrement les miennes de ma tête, des lèvres sur ma joue, puis une voix douce.
- Mon chéri ! Tu vas bien ?
Clignant des yeux, je la vis apparaître devant moi, un petit sourire inquiet sur sa bouche, ses cheveux emmêlés, sa petite chemise de nuit dévoilant les courbes de son corps parfait.
- Tu as senti le tremblement de terre, mon chéri ?
Je hochais la tête doucement.
- Tu t'es fait mal ! fit-elle en voyant mon nez sanguinolent. Attend, je vais te soigner. Ne bouges pas.
Tandis qu'elle m'appliquait une gaze imbibée d'eau oxygénée sur mes plaies, je l'imaginais en train de me balancer dans le vide par-dessus la balustrade d'un bateau. Je me mis à pleurer. La nuit suivante, je ne réussis pas à m'endormir. J'avais l'appréhension de me réveiller dans l'autre monde. Je ne voulais pas découvrir que la fée qui dormait à mes côtés n'était en réalité qu'une vieille sorcière aveugle et décrépie, sans âme, sans amour.
J'avais peur.


© 2001 SISCO Sylvestre

 








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