Autopsie d'un homme seul

Esseulé, nu, assis sur mon canapé, je me languis. Elle m'a détruit, j'y pense sans arrêts. Pourquoi suis-je tombé dans ses bras, pleins de réconfort, tendres et doux? La tristesse, l'angoisse m'y a poussé. Je m'en repens maintenant, je ne peux plus m'en passer, je ne peux vivre sans elle. Sans ses mirages, ses oasis de bonheurs. Illusoires? Oui, mais sublimes.

Je venais de rompre avec Marie. Depuis quelques heures déjà, j'étais assis dans ce cabaret pitoyable, à l'air vicié, à essayer de noyer mes lassitudes. Elle s'est jointe à moi, dans mes peines, mes aigreurs. Tout de suite j'ai entrevu en elle le réconfort tant convoité. Je m'y suis abandonné, tout entier. L'euphorie des débuts, la griserie…

Que de bons moments! Le rire, la joie, le bien-être étaient au rendez-vous. Je m'y suis bien laissé pendre. Ses étreintes si réconfortantes au début sont vite devenues douces-amères. Les nuits sans sommeil, les lendemains douloureux, m'ont vite fait réaliser que mes déboires ne pouvaient durer infiniment. Je me détruisais à une vitesse ahurissante. J'étais pris dans ses entrailles, comme un radeau au milieu des flots. Chaque fois que je tentais de me défaire de son emprise, je me voyais renvoyé encore plus au fond par une déferlante. Je m'en allais à la dérive, sans vraiment m'en apercevoir.

Telle une épave, je me laissais bercer par les vagues de mon amertume. Je me servais d'elle comme d'un exutoire, pour défier ma tristesse. Je valsais dans ses bras pour tenter de retrouver les effluves de mon amour pour Marie.

Pourtant j'étais si triste dans ses bras…quoique je doive avouer que j'oubliais tout de même ma douleur momentanément. Elle était cependant d'un certain réconfort. Avec elle j'ai pu me laisser entraîner dans des moments de folie inoubliables. Comme lorsque nous sommes allés nous baigner, avec Michel, nus dans le lac, celui où il est formellement interdit de se baigner. La police nous a ramassés, ont s'est amusés comme des fous.

Après trois mois d'errance, de désespoir, je me suis enfin rendu compte de l'influence qu'elle avait sur moi. Je n'étais que l'ombre de moi-même, une vraie loque humaine. Je ne faisais même plus attention à mon apparence, j'étais sale, les cheveux hirsutes, mes vêtements délabrés, bref, j'avais l'air d'un clochard. À cause d'elle je devenais vieux, grognon, impossible. Tout en moi sentait la déchéance.

Un matin, seul, encore, avec mes illusions perdues, je décidai enfin de la quitter. De la déloger complètement de ma vie. Difficile puisque que je l'avais dans la peau. J'ai du la repousser, car elle s'accrochait à moi. J'ai du l'insulter, la flageller de mes mots. Je la sentais pourtant encore couler dans mes veines, je sentais sa chaleur irradier mon corps. Mon corps d'homme la réclamait encore. Le besoin de me réfugier en elle me brûlait encore. La chair est faible me disait ma mère, j'en comprenais maintenant toutes les allusions.

Elle continuait de me harceler, longtemps, souvent. Un jour dans un geste de détresse, je l'envoyai s'affaler contre un mur. Tout de suite j'en eu du regret. Moi, me laisser aller à ce geste de violence, je me dégouttai tout à fait. Il fallait en finir une fois pour toutes. Je me décidai donc à me référer à un organisme qui saurait m'aider à passer à travers cette période difficile. Je fus reclus durant de longues semaines. On m'a appris à ne pas dissimuler mon chagrin et mon désespoir. Plutôt de vivre mes émotions, les laisser s'estomper par elles-mêmes. La douleur s'amenuise avec le temps.

Aujourd'hui, esseulé, assis sur mon canapé, j'essaie de mettre par écrit mes sentiments. Je pense encore à elle, je veux dire, à Marie. Je suis toujours amoureux d'elle. Mais depuis que j'ai laissé tomber la bouteille, j'essaie de voir en moi, et ma foi, je crois bien que j'y voie de plus en plus clair!


Auteur inconnu

 








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