Année zéro

Année Zéro. Année de l'amour néant. Il me survient des échos de stupeur, des élytres squameux qui s'arrachent à la pesanteur sans finir par décoller. Les rides de mon cuir crevassent ma mémoire ; mes dents envahissent ma bouche et blessent mes lèvres. J'ai dormi jusqu'à en mourir à chaque fois, pelotonné comme une figue aride, vide de joie.
La vie est un fleuve boueux où le regard se concrétionne, l'esprit s'abandonne et la merde aiguillonne les espoirs. Mon sexe s'est fichu dans un coinsteaud coulissant, il renâcle et adhère à la lune naissante. Les angles de la loge me rentrent dans les os, je piaffe, je maugrée... pas de Lego, non, pas de jouet rétrograde.
Mes mains ont abandonné les promesses faites sur un bout de ficelle, la vitre de la rue se dégonfle et le Rimmel des acteurs se précipite sur les vêtements de papier. Même ma féline aux canines entartrées s'est exportée vers des royaumes touffus de gazons. Je dégouline de bave versificatrice, je rudoie l'écume des mots pendant que les couples s'amoncellent sur un lit escarpé, j'expulse de mon ventre gazéifié le chant de la retraite irrépressible. Les démons du désert qui m'habite se sont positionnés aux quatre coins de mon monde, des langues au goût d'encre poussiéreuse me lèchent l'imagination pour faire de celle-ci leur esclave, leur eunuque de sérail. Toujours, vers l'ailleurs, le regard se porte comme un gardien épouvanté, il attend l'invasion des Tartares
improbables. La douceur d'une peau glisse au loin sans m'érafler, je suis le
maudit, l'inconsolé, le témoin de la multitude, de la rareté, de la banalité. Les masques de la fête émergent au-dessus de moi, le parfum des femelles engourdit ma voix et mon scrotum se ratatine de fuligineuse peur. Je n'existe que par la semence des lettres qui s'agglomèrent en suites sibyllines, mon moi n'est que
l'écho d'un passé vif.
Le mal du temps s'est incrusté dans la chair que mes os supportent tant bien que mal ; je dois exister pour affubler l'avenir d'un rire époustouflant.
Oh ! je vois la fourche d'une croupe dodeliner sur la rivière, elle m'est étrangère comme fixée derrière une glace, elle est hors de mes doigts. J'ouvre la bouche pour exhaler un cri imminent, mais le cratère qui défigure ma face bée dans un silence incorrect.
Mon hurlement est vain, rempli de mutité, extrait d'une agonie innommée. Je dois enfoncer mes ongles dans le bois de la certitude pour naître à nouveau, un peu plus massif. Les voix des embruns amicaux se sont tues, les enlacements contigus m'éclaboussent et les émanations de Cupidon taraudent mes narines. Foutue existence !
Elle tend de voile arachnéenne les chemins de contact, elle met à mal le linéament de l'adhésion. Enfermés dans le placard de nos demeures, nous ruminons en solo pour une abstinence méprisée.
Il y a une senteur qui persiste, c'est un bouquet indéfinissable. Elle oint les murs et le parquet, elle signifie la fin d'un rêve, l'ultime poudrerie au segment du destin. Alors les larmes qui acidifient nos méats
constricteur se déroulent à cheval sur la peau de mes pensées...


© 2000 BENXAYER Morrad

 








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