Un jour d’automne, il était entré dans une piscine, habillé. Non pas pour se baigner, mais pour se suicider. Il avait ouvert la bouche et avait avalé l’eau verdâtre de la piscine. Il s’était laissé flotter, avalant, attendant la mort. Elle ne vint jamais, pour une raison inexplicable. Comment a-t-il pu survivre ? Il en était arrivé à cette étape dans la dépression, la souffrance, où toutes les lumières se sont éteintes, où toutes les cartes de son jeu se sont révélées perdantes. Il a laissé une lettre dans son lit. «Inutile de me rechercher. Si vous me trouvez, vous ne trouverez qu’un cadavre dans la neige». À la radio, dans les journaux, on parle de Simon. Une chasse à l’homme s’est ouverte. On fouille les bois. Mais la neige qui tombe et le vent ont balayés les traces derrière lui. À travers bois, il écoute son baladeur Sony. Il entend parler de lui, comme un criminel traqué, un fugitif. Une nuit, il marche, les yeux à demi-ouverts, dans la lumière pâle d’un clair de Lune. On entend les aboiements de chiens pisteurs. Des lueurs de lampes de poches balaient la forêt dans des zigzags entrecroisés. Un hélicoptère se fait entendre. Un phare balaie sous lui, ainsi qu’une caméra thermique et infrarouge. Le jeune Simon est bientôt acculé à une falaise. On arrive. Il va être prit. On va le retourner chez lui, vers sa mère tyrannique, sa soeur qui se plait à l’emmerder et son père qui ne veut pas faire de vagues avec toutes ces histoires. L’image de la famille doit rester intact aux yeux de tous. L’image fausse d’une famille dysfonctionnelle. Simon savait qu’il ne pouvait que fuir. Jamais ses parents ne le placerait à quelque part, ce qui mettrait en évidence les aspects sombres et insoupçonnés de cette famille, ce qui remettrait en cause le rôle du reste de la famille. Mais un suicide ne paraîtrait-il pas plus suspect aux yeux de l’entourage ? Simon ne voit pas le fond du ravin d’une noirceur d’encre. Il ne voit que la porte d’entrée vers l’au-delà. Les larmes aux yeux, il les ferme et se penche par en avant, se laissant tomber dans le vide. À mi-chemin vers le bas, une intense lumière jaillit. Simon entrouvre les yeux. Il se sent freiné par une force mystérieuse au moment où il s’abat sur les branches supérieures d’un sapin, pour ensuite être catapulté dans la neige et rouler sur le côté jusqu’à s’arrêter contre un rocher. Un peu sonné, désarticulé, il se dresse debout comme un pantin tremblant et s’écroule. Il a mal partout et il est sur qu’il va mourir de quelque chose dans les minutes qui vont suivre. Il se lève et péniblement marche. Il marche, de façon boiteuse, mais il marche. Quel espèce de miracle s’était-il encore produit pour qu’il survive à une chute de 280 mètres ? Une intervention divine ? Mangeant de la neige, épuisant ses réserves dans son sac, il avançait jour après jour vers la grande ville. Un jeune homme qui avait le matériel pour faire un bon bout, alors qu’il se laissait tenter par la mort lorsqu’elle se présentait à lui. Voulait-il vraiment mourir ou voulait-il éteindre son mal de vivre, son sentiment de ne plus pouvoir vivre, d’être condamné. Il était entre deux mondes, sur la frontière entre la vie et la mort. De quel côté allait-il finalement tomber. D’un bord ou de l’autre, quelque chose devait mourir. Simon franchit les bois et débarque dans Montréal. Il marche dans la nuit. Il s’arrête sous le tablier d’un pont et s’endort contre un pilier de ciment, près d’un ruisseau. Il s’endort dans les bras de son ange gardien, une grande femme en tunique blanche, auréolée, qui ne le quitte jamais, du moins dans son esprit. Il l’a déjà vu en rêve. Mais il a déjà vu aussi les ombres noires, démoniaques, qui le terrorisaient et qui le harcèlent encore toujours. Simon est très sensible et réceptif aux vibrations de l’au-delà. Il demande la lumière, mais, à son grand dam, il attire bien souvent les ombres noires, qui ne veulent pas lâcher leur proie. Une lutte incessante entre la lumière et les ténèbres. En des lieux sombres, des trames obscures prennent forme, semant la peur, la psychose, la terreur, la détresse, l’envie suicidaire, dans l’esprit du jeune homme. Des forces obscures s’agitent pour aggraver son état, alimenter sa détresse et précipiter sa chute. Et ils auront presque réussis à le tuer, à l’arracher à la vie, ces entités du côté obscur. Simon se réveille, le visage crispé par le froid, le coeur qui cogne dans sa poitrine. Le soleil est aveuglant, réverbérant sur la neige et la glace comme sur un miroir. Approchant rapidement, soulevant une bourrasque blanche, réveillant tout le monde avec les trompettes sur le toit de la locomotive, un train voyageur du CN. Le train passe sur le pont ferroviaire et retient, un peu plus loin, une armada de véhicules aux gyrophares allumés, agglutinés derrière la barrière du passage à niveaux. Simon, fasciné par les trains, regarde la monumentale locomotive diesel grise, au museau arrondi où trône le gros phare rond. Arrivant par l’autre voie, à contre sens, un train de marchandise, un long boa mécanique du CP Rail qui frôle l’autre train en déchaînant ses trompettes, un bruit sifflant qui se perd bientôt dans le claquement des joints de rails sur lesquels roulent les roues d’acier. Les conducteurs qui attendent au passage à niveaux ont eut droit à un test de patience, regardant défiler le convoi de quatre locomotives et 70 wagons, qui roulaient à moitié moins vite que l’express voyageur à huit wagons. Un petit chien blanc renifle les pantalons de Simon. Il pousse des petits jappements, reculant en sautillant. Le spectacle qui s’offre aux yeux de Simon lui donne l’impression d’être descendu dans les catacombes de Paris ou de Rome et de se retrouver avec ces personnes d’un autre monde, d’un monde troublant et presque effrayant, celui des personnes qui vivent dans la rue. Un monde de pauvreté, de misère, où se côtoient des jeunes comme Simon qui ne se sentent plus chez eux dans le vrai monde. Des drogués, d’autres qui ont perdus la raison, qui sont jetés dans la rue, victimes de la désinstitutionalisation, autrement dit le vacuum d’institutions psychiatriques, question de budgets gouvernementaux, de réformes. L’un de ceux-là, que Simon allait croiser souvent, se faisait appelé l’ambulancier. Il avait une bicyclette paquetée de phares et en guise de sirène, il avait ses propres cordes vocales... Un véritable bidonville au coeur de la nouvelle métropole montréalaise, résultat d’une fusion municipale dans l’île. Des cabanes comme des enfants s’amusent à en construire pour s’amuser, avec des bouts de bois, des draps. Des petites habitations dont les murs sont faits de pancartes électorales de la grande élection de Montréal. Une autre petite tente avec un squelette en bouts de madriers et une grande pellicule plastique transparente, brochée sur les montants. Près de Simon, une jeune femme roulée en boule, les grands cheveux roux ondulés, comme ceux de la chanteuse Isabelle Boulay, épars devant sa figure où de grands yeux bleus s’ouvrent et regardent le nouvel arrivant. Le chien blanc tapote l’épaule de la femme avec ses pattes avant. Elle se lève, ajustant ses nombreux vêtements d’allure un peu hippie, superposés. Des vêtements patchés, délavés, dans les teintes du beige au brun, avec du orange et du vert. Elle s’approche du jeune Simon. - C’est quoi ton nom ? La mâchoire crispée, empâtée par le froid, Simon articule son nom en soufflant des nuages blancs comme une locomotive. Il tremble, il frissonne. Çà y est ! Les dents claquent. Mais pour Simon, un claquement de dents le ramène à autre chose. Sujet à des crises de paniques, Simon à des réactions physiques intenses, dont des tremblements et des spasmes violents. Les membres s’agitent, les dents claquent, le pouls baisse, les tempes deviennent plissées et font mal. La gorge sert, le coeur défaille, se faisant silencieux et imperceptible. Il étouffe, ses membres raidissent. La panique entraîne sa proie ultimement vers la perte de conscience. Le claquement de dents provoque la peur qui se transforme bien vite en panique, figeant Simon sur ses réactions physiques qui se multiplient. Sa gorge sert. Il commence à se sentir étouffé. La jeune femme remarque le trouble qui se lit dans les yeux de Simon, qui expriment la terreur la plus complète. - Çà va ? Simon n’a pas le temps d’articuler quelque chose, car sur le chemin, soulevant un nuage de neige, arrive la cavalerie municipale. Les itinérants voient arriver sur la route des camions de pompiers, des voitures de police, des véhicules de la voirie, qui arrivent à vive allure, en direction du bidonville. On allait faire maison nette. Simon, oubliant sa peur, distrait de sa fixation mentale sur lui-même, n’a qu’une réaction: se sauver, suivit du chien, qui court avec sa chaîne attachée à son collier, dans son petit manteau bleu à capuchon et que sa maîtresse appelle sans succès. Alors la jeune femme ramasse vivement son sac de couchage, son sac à dos et part dans la direction du fugitif et de son pitou, au moment où la cavalerie débarque sur le site. À un coin de rue plus loin, derrière les premiers arbres d’un boisé, la jeune femme rejoint Simon et son chien. À leur position un peu surélevée, ils voient bien le «travail» des policiers et des pompiers. Le motif: les chandelles laissées allumées la nuit par les dormeurs au clair de Lune sont des risques d’incendies pour le complexe résidentiel en carton, bois et plastique. Les employés municipaux démolissent les habitations honteuses pour l’image de la ville, à coups de masses, pendant que les itinérants sont embarqués avec leurs frusques et leurs menus objets ménagers. Une main étouffe les aboiements du chien et une autre tient le petit fauve par la chaîne. Quelques heures plus tard, le nouveau maire de la ville s’offusque de ne pas avoir été mis au courant de l’opération. Il blâme les pompiers. Cependant, est-ce que véritablement les pompiers auraient agis sans l’autorisation du maire ? Du même souffle, il clame haut et fort qu’il sera, contrairement à ses prédécesseurs, le champion de la lutte anti-pauvreté. Il promet la fin des bidonvilles et des HLM en cartons. Du capital politique. Que faire ? Que faire avec ceux qui se disent satisfaits de leurs sorts et biens dans leur bidonville. ««Ici au moins, on est tranquille. On est libre»» clament-ils. À Salt Lake City, comme à Atlanta, lors des jeux olympiques, on peut s’attendre à un nettoyage. On ramasse les prostituées et les itinérants et on les relâche après les jeux. C’est pas beau pour les touristes, les spectacles de misère humaine, pensent les gouvernements. Le lendemain d’un reportage télévisé où un journaliste avait filmé le bidonville, les forces de l’ordre nettoient la place. Quelques jours plus tard, les itinérants devenus la tête d’affiches des médias, on découvre en plein centre-ville de Montréal, «l’homme-escargot», qui dit avoir au moins 70 ans, comme s’il avait perdu la notion du temps, et qui se présente sous le nom de Monsieur Siret. Il vit en gardant avec lui des grands sacs de vidanges qu’il dit remplit de ses biens, de ses «trésors». Sous lui, sur lui, il est comme le steak dans un hamburger. Il se dit dans un meilleur sort qu’un vieil afghan qui meurt de faim ou presque, en mangeant de l’herbe. Effectivement, on a vu des afghans réduits à manger de l’herbe, trop >loin des centres de distribution alimentaire. Notre homme mange sa soupe à tous les deux jours, ce qui lui fait dire qu’il est mieux que ces afghans. Ces mêmes médias ont rapportés que la jeune femme, apparût à la télévision, est portée manquante. Elle devint fugitive, entraînée par son nouveau compagnon à deux pattes. D’où venait-elle ? La tenue vestimentaire de Simon n’a rien de comparable avec les fringues de celle qui se présenta à Simon sous le nom de Caroline. Un grand manteau gris et noir, des vêtements neufs à la mode, qui ne sortaient pas de friperies comme les vêtements colorés de Caro. Mais surtout, Simon, qui était âgé de 15 ans, 3 ans de moins que sa compagne, avait de l’argent. De l’argent reçu en cadeaux à Noël. Le Noël 2001. De l’argent qui fit écarquiller les yeux de Caro, qui se fit acheter un manteau d’hiver neuf, un vrai manteau d’hiver, et non une simple veste qu’elle doublait d’un chandail de laine. Simon était prêt à beaucoup pour s’assurer de la présence de Caroline, qui connaissait la ville et était par son expérience un gage de survie. Elle, de son côté, s’assura de la loyauté de son jeune compagnon en usant de ses charmes physiques. On les retrouva fusionnés l’un à l’autre par leurs chairs, dans un coin d’une vieille gare ferroviaire abandonnée. Elle se découvrait une affection pour son compagnon et elle voulait vivre avec ce jeune homme quelque chose de sentimental, en lui donnant son corps contre un peu d’affection, d’attention, qu’elle espérait en échange de ses bonnes grâces. Mais son compagnon, enflammé par ses émois physiques, était encore trop centré sur l’aspect physique pour manifester des sentiments et être démonstratif à ce niveau. Pour la sentimentalité, elle allait devoir attendre encore un peu. Une sexualité animale, dans un contexte anormal, qui n’inspire d’ordinaire personne pour une rencontre charnelle. S’offrir et s’unir sur un plancher de ciment, dans un coin poussiéreux, dans le froid et les mauvaises odeurs, les leurs et celles de l’environnement. Un quelque chose de très primitif. Un contexte, une attitude de la femme qui avait des relents de prostitution. De l’insécurité, de l’immaturité, une carence affective, un désir de possessivité, c’est ce qui teintait leur relation, l’un envers l’autre. Deux êtres démunis qui se donnent et s’achètent. Caroline était parfaitement consciente qu’elle le tenait par sa testostérone juvénile en ébullition et elle en usait, de ses pouvoirs sur Simon, pouvant le manipuler, si elle en avait envie. Un couple où chacun cherche à tirer profit de l’autre pour survivre. Amour véritable ou dépendance ou exploitation. Un peu de tout cela mélangé. Un couple où chacun joue de l’autre comme d’un instrument, s’en sert comme un moyen de subsistance. Un couple qui, malgré ses fondements, durera, même qu’un enfant en naîtra. Comment cette femme s’était-elle retrouvée à la rue, son destin rencontrant celui de Simon ? Elle n’en dit que très peu de choses, avare de détails envers son compagnon, contre lequel elle venait appuyer son front, alors que les larmes inondaient son visage. Un père absent, séparé de la mère. Celle-ci, alcoolique et droguée, avait foutue son enfant dehors, parce qu’elle n’avait plus un rond, endettée envers des vendeurs de drogues. Un rond, elle finit par en avoir un, en plein front, le cratère d’une balle qui avait aboutit dans le cerveau de la mère. Ramassée par un curé qui voulut profiter d’elle, lui exigeant des faveurs perverses en échange d’un peu de nourriture, elle se sauva et retourna dans la rue, pour de bon. Elle en arriva à une perte d’estime suffisante qui la convainquit de se servir de son corps pour garnir un peu son portefeuilles de temps en temps. Une activité qu’elle abandonna définitivement, après qu’elle eut aperçut le corps d’une adolescente prostituée égorgée, entre deux sacs de poubelles, dans une ruelle. Mais elle avait gardée avec les hommes l’habitude, l’habileté de charmer, de manipuler, de se donner. Les deux itinérants étaient couchés l’un contre l’autre. Dans un de ses films de James Bond, Roger Moore, voulant embrasser une femme, avait prétexté «Partager la chaleur animale». C’est ce qu’ils faisaient, Simon regardant les étoiles accrochées au plafond du ciel, les cheveux couleur de feu sous son menton. Le jour, c’était la mendicité, surtout lorsque Simon eut épuisé son argent, n’ayant pas accès à son compte de banque. Assis à l’entrée d’une station de métro. Un jeune homme, une jeune femme et un chien. Un trio qui passait d’un coin de la ville à un autre. Comme Simon était recherché par ses parents, nos jeunes itinérants étaient toujours à fuir lorsqu’on le retraçait. Un soir, nos deux dormeurs sous les étoiles trouvent un coin, contre l’arrière d’une cathédrale, à l’ombre d’une tour. Un grand homme arrive sans bruits, comme un fantôme, et rageusement envoie valser Caroline d’un coup brusque du revers de la main. Un grand colosse au visage monstrueux, édenté, qui sentait le bain aux six mois. L’homme fonce sur Simon qui esquive un coup de poing et fait tomber la masse au sol d’un croc-en-jambe. «« Va t-en avec ta putain ! C’est ma place. Allez-vous en ! »». L’homme avait lancé l’injure envers Caroline, par pure méchanceté, sans savoir qu’elle avait été prostituée. Simon ne savait pas que cet homme, d’une manière méprisante, lui révélait le passé de sa compagne. Un passé qu’il ne connaîtra que plus tard. Des prostituées, Simon en verra à profusion, vêtus de jupes courtes moulantes, en bustiers, qui n’étaient pas toujours belles et qui avaient des yeux vitreux rouges. Elles carburaient à la fine poudre blanche. Caroline, elle, avait pratiquée son «art» à jeun. 12 clients en tout, répartis sur deux ans. Les gangs de rues, blancs, latinos et asiatiques, menace toujours présente, nuit et jour, qui avait décidé Simon à se munir d’une lame digne de Rambo, vendue comme article de chasse, acheté à un vendeur peu scrupuleux, ne s’attardant pas à l’âge de son client. Souvent ils changèrent de ville, s’embarquant sur un train de marchandises. On les retrouva à Québec. Six mois plus tard, on les retrouvait à Toronto, notamment à «Tent city», le village des sans-abri érigé clandestinement sur un terrain vacant près de la tour du CN. Un village en plein coeur de Toronto, dans le centre-ville, qui compte une centaine d’habitants. Simon et Caroline étaient confrontés au danger permanent de la violence urbaine, particulièrement la nuit, où le sommeil les rend vulnérables. C’est encore plus dangereux lorsqu’on est une femme, même si un homme se trouve à ses côtés. Un soir, trois jeunes accostèrent le petit couple. Simon dégaina un poignard à lame dentée et cria à Caroline: «Cours! Cours!». Les trois se ruèrent sur Simon. Une lutte où Simon, dans une sorte d’état second, où toutes ses facultés, son attention, ses capacités, étaient en alerte, affectés à la défense de l’être physique. Autant Simon était très sensible émotivement, autant il était déterminé et capable d’une action directe et implacable. Le premier était à genoux, suffoquant, la nuque brisée. Le second avait le bras retourné et cassé. Le troisième avait un bras qui giclait. Simon déguerpit et ce n’est qu’en rejoignant Caroline que ses nerfs flanchèrent et qu’il fondit en larmes, tremblant, en proie à la panique. Les trois hommes avaient déjà rencontrés le petit couple, les harcelant, les intimidant: «« Belle, ta copine »». «« Je suis sûr que t’aimerais çà coucher avec trois vrais gars »». «« Beau manteau, tu me le donnes-tu ?»». Leur intention: le viol de Caroline, après s’être débarrassé de l’élément embarrassant, Simon. Simon et Caroline avaient changés alors de quartier. Mais les trois hommes, eux aussi, avaient changés... Folie. Folie urbaine. Le danger bien véritable des coins sombres et de la vie nocturne des grandes métropoles. Caroline était à un endroit où ils devaient se rejoindre en pareil cas. Inutile de dire qu’ils changèrent non seulement de quartier, mais de ville, une petite ville en banlieue, où par contre, les ressources pour les itinérants étaient plus rares. Dans leur nouvelle ville, il y avait une place où manger, mais impossible de dormir quelque part par grands froids. Pas de chèques du gouvernement, pour la bonne raison qu’ils n’étaient pas dans le «système». Ils n’étaient pas inscrits ni répertoriés. Simon avait 19 ans et sa compagne en avait 22, lorsque la nature fit son oeuvre et que le miracle de la naissance se produisit. Évidemment, il était impensable que l’enfant grandisse dans la rue, bien que c’était une situation qui existait probablement, la misère n’ayant pas de frontières. À Québec, où ils étaient alors, se trouvait l’une des tantes de Caroline et c’était la solution retenue pour que quelqu’un garde l’enfant. Un enfant qui, en grandissant, allait peut-être, par hasard, rencontrer ses parents sur un trottoir d’une grande ville. Un trottoir sur lequel ses parents sont chez eux. Ses parents, ils vivent dans la rue.
Notes de l’auteur: Ce texte est inspiré d’un fait réel, à savoir le démantèlement, en début janvier 2002, d’un bidonville, par les pompiers et les policiers de Montréal. L’homme-escargot est bien réel. La première partie du discours du Maire est véridique, à savoir le blâme des pompiers. Il se disait n’avoir «pas été informé de la situation». La deuxième partie du discours est fictive, jusqu’à preuve du contraire, mais démontre la tendance de certains politiciens de se faire du capital politique sur le dos des plus démunis, qui eux, n’ont rien à dire. |