Une autre vie

Les lumières de la ville lui sont de compagnie comme toutes les nuits. Il marche d'un pas lent de rues en ruelles, de boulevards en avenues. Des ombres immobiles le saluent en habitué des lieux. Pourtant ce jour là, des formes manquent, des voies de circulations ne sont pas éclairées. Il les traverse. Dans cette nuit étrange, il détecte une odeur inconnue. Elle est agréable. Il passe d'une voie à une autre et le parfum est de plus en plus présent. Il se laisse entraîner comme par magie, évitant de justesse de se faire renverser par quelques véhicules noctambules. Il franchit un pont pavé, quand il aperçoit un inquiétant cérémonial autour d'un lampadaire à une centaine de mètres de lui. Il se cache derrière une grande poubelle. Des petits hommes, tout poilus, perchés les uns sur les autres, le dernier de la colonne dévisse avec précaution l’ampoule encore brûlante, mais apparemment, il est insensible à la chaleur extrême de la lampe. Le rituel se fait sur deux colonnes, une qui enlève la lampe et la passe à l'autre qui l'enveloppe dans une espèce de tissu rouge qui va rejoindre un grand sac noir.

Extraordinaire ces petits humanoïdes. Très souple, ils vaquent dans un silence et un sérieux presque religieux.

Incroyable ! Il ne peut imaginer une telle chose, cependant l'homme de la rue émerveillé suit la procession à distance.

L’aube prend le dessus. Les petits hommes se mettent en rang et d’un commun mouvement se dirigent vers l’extérieur de la ville. .
Mais le plus inimaginable c’est que les passants matinaux, les autos, les cyclos, et autres transports en tout genre ne perçoivent pas les petits humanoïdes ! Ils circulent au travers de leur corps comme s'ils étaient immatériels. Est-il le seul à voir l'impensable ? Et pourquoi lui ? Question sans réponse !

Ils sortent de l’agglomération. L’un d’eux soulève une plaque d’égout imposante, hors norme, au milieu d'une rue déserte. Chacun, par un ordre établi descend en terre. Irrésistiblement l’homme se présente au dernier moment devant la plaque. Le petit homme ébahi de rencontrer un homme, referme brusquement l’entrée dans un cri aigu. L’homme se bouche les oreilles et par mégarde laisse son pied au mauvais endroit. Il pousse un hurlement. Dans un effort surhumain il lève la plaque qui est maintenue entrouverte par son pied à présent blessé ! Il relâche le tout, mais elle est retenue par la force peu commune d’un petit homme qui l’observe tout sourire dans sa barbe. L’homme s’assoie à terre, moins apeuré et plus préoccupé par sa méchante blessure. Celui-ci s'arme de tout son courage pour se déchausser. A ce moment, le petit humanoïde le touche et l’homme se métamorphose en celui qui l'a transformé!


MARCETTEAU Max-Louis 1999
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©M-L MARCETTEAU1999-2002

 








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