
Un duo
Une jeune fleur est partie, seule, sur le chemin de l'Amour. Elle est belle et ingénue. Heureuse de connaître enfin ce monde qui l'entoure, elle rencontre d'autre fleurs, différentes, qui lui content fleurette. Pleine d'espérance elle espère croiser l'âme sœur, avant que ses fibres ne se fanent.
Un matin, elle est accostée par un jardinier haut comme trois fleurs des champs qui lui dit :
" - Qui es-tu? Tu es absente de mon carnet de la Connaissance". Il est souriant, enjôleur, avenant.
La fleur, les pétales rougissantes, les mots confus:
" - Je ne vous connais pas. Qui êtes vous?" Elle referma légèrement ses pétales.
" - Le Père la Fleurie. Je t'attends depuis des lustres, en vérité! " Ses yeux brillent de cette découverte.
" - Moi? Mais que me voulez-vous? " Dit-elle naïve.
" - Votre personne, pour produire une descendance." Les mains du jardinier sont prévenantes, elles lui apportent un terreau d'une qualité exceptionnelle.
" - Je ne comprends pas! Je ne vous appartient pas." Elle s'effarouche. Elle plaque ses deux grandes feuilles jaunes d'or sur sa corolle.
" - Prends un peu de terre fraîche. Mets-toi en pied. Voilà, comme tu es belle! "
La jeune fleur prisonnière ne voulut pas se laisser mourir sur place. Elle déplia ses fines racines et grâce aux soins de ce curieux jardinier haut comme trois fleurs des champs, elle donna naissance, quelques printemps plus tard, à une multitude.
Le jardinier était heureux. Il remerciait, la tête dans les herbes, cette terre qu'il lui avait donné des milliers de fleurs en or! Pourtant sa joie fut de courte durée. La première fleur qu'il coupa, se sécha aussitôt, perdant sa couleur et sa valeur! Et les suivantes aussi. Il changea de tactique et déracina, mais, peine perdue, elles dépérissaient en un clin d'œil. Il découpa des mottes de terre, le même phénomène se produisit! De rage, il décapita toutes les fleurs en or et il ne resta que la jeune fleur d'origine, belle, magnifique, splendide!
" - Je te veux à moi!" Il lui parla avec attendrissement! De ses mains, il gratta la terre tout autour d'elle.
" - Ne me déracine pas. Je suis à toi, pour toi, pour l'éternité!" dit la fleur.
Il n'écouta pas ce que la fleur lui avait dit. Il continua son labeur. Il avait maintenant dans ses mains, sur son cœur cette fleur d'or. Son visage rayonna de bonheur, mais soudain il tomba, mort.
Elle était sa Destinée.
MARCETTEAU Max-Louis 1999